Fin mai aura lieu la troisième édition de la Massilia Trilogy, une boucle Gravel tracée par une bande d’énervés de la cité phocéenne. L’idée : parcourir les trois massifs qui enlacent Marseille. Alors autant vous prévenir de suite : avec plus de 3000 mètres de dénivelé annoncé pour 130 bornes, autant éviter d’avoir descendu des litres de bière la veille. On est allé tester ça pour vous.

Un jour ça vous tombe dessus, vous ne savez pas vraiment pourquoi. Si j’ai débarqué dans le Sud de la France il y a quatre ans, je n’ai aucune attache familiale dans ce coin de France. Non, moi mes racines c’est plutôt truffade, verveine (celle avec des beaucoup de degrès, pas le pisse mémé) et les lentilles. Mais allez savoir pourquoi, j’ai toujours eu une fascination particulière pour Marseille. Une madeleine de Proust avec le soleil, l’accent et la mauvaise foi. J’ai un lointain souvenir d’avoir suivi un jour de mai 1993 la finale de Coupe d’Europe à la Radio dans le noir de ma chambre de gamin.
Plus tard, je découvrais l’Univers de IAM. Presque trois décennies ont passé et leurs mots résonnent toujours dans mes oreilles. Certes, aussi parce que je ne comprends pas les paroles des groupes récents, ça doit être la vieillesse. Le cinéma et la télé s’étant également accaparés les boulevards de la ville, il y a fort à parier que même lors de votre première visite une petite voix intérieure vous chuchote : « Mais je connais ici, non ? »

«On va passer un dimanche aux Goudes En famille, entre amis, que l’on soit riche ou non C’est un plaisir que personne ne boude Le rêve marseillais, un soir d’été au cabanon »
Massilia Sound System
La deuxième ville de France (873 000 habitants) est entourée par trois massifs incroyables que sont les Calanques, le Garlaban et l’Etoile. Et ben figurez-vous qu’une bande de cerveaux malades (oui, n’ayons pas peur des mots) a décidé de tracer un itinéraire unique reliant ses montagnes pour donner naissance au Massilia Trilogy. Alors, on n’a pas pu s’empêcher de tester cette petite boucherie aux mensurations irréelles qui rendrait jalouse n’importe quelle cagole.
Fin novembre, nous voici donc sur le Vieux Port pour faire connaissance avec cette formule entrée, plat, désert gourmande et croquante. Nous avons laissé la voiture au pied du Mucem et l’on se dit qu’il faudra prendre le temps de revenir pour visiter la réplique de la Grotte Cosquer (dont l’histoire est juste fascinante). On a beau être dans le sud, le thermomètre revendique à peine quelques degrés au-dessus de zéro. Pour quelqu’un qui a pris l’habitude des températures provençales, cela équivaut à un froid polaire (voire plus). Ah j’oubliais pour affronter la boucle marseillaise, on roule sur le dernier Scott Solace.

. Un gravel électrique léger (14 kilos tout équipé) et dernier né de la marque helvétique. Et pourquoi donc, me direz-vous ? Déjà parce que je fais ce que je veux (Je ne suis pas venu ici pour souffrir, ok ?) non plus sérieusement on avait envie de voir où ce type de vélo était capable de nous emmener en empilant le dénivelé. Et aussi, ce n’est pas un détail, on avait envie de kiffer le paysage sans finir fumé comme un saumon. Une fois le vieux port derrière nous, on prend la direction de la corniche.
Le Vallon des Auffes, notre dame de la Garde derrière nous et les iles du Frioul, on évolue dans une carte postale offerte par l’office de tourisme. Il est encore tôt, la ville se réveille à peine. On sait que la suite du programme ne laissera aucun répit alors… on en profite ! Après dix kilomètres et alors que les panneaux de signalisation indique « les Goudes », nous entrons dans le premier massif : les calanques. Au fait, les Goudes, ça ne vous dit rien ?

Allez, faites un effort : «On va passer un dimanche aux Goudes En famille, entre amis, que l’on soit riche ou non C’est un plaisir que personne ne boude Le rêve marseillais, un soir d’été au cabanon », chantait Massilia Sound System. Les Goudes ont un petit gout de bout du monde et on vous conseille vivement d’y aller faire un tour (il existe des navettes fluviales depuis le vieux port). L’entrée dans les calanques se fait tranquillement, histoire de continuer à chauffer la machine. On arrive rapidement devant le « Snack Sormiou », il est un peu tôt pour un burger, et on continue la route qui ne va pas tarder à s’élever méchamment, flirtant avec les 20%. Heureusement, cela ne dure pas. Mais une fois en haut, on oublie instantanément ce que l’on vient de s’infliger. Vue à 180% sur la calanque de Sormiou, tempête de ciel bleu et personne à l’horizon. Oui, les marseillais sont les pires chauvins du monde. Mais parfois, ils ont raison. Comme l’impression d’être au bout du monde alors que la ville est juste derrière nous. Cette impression ne nous quittera pas.
Oui, les marseillais sont les pires chauvins du monde. Mais parfois, ils ont raison.
Comme l’impression d’être au bout du monde
Après une gentille mise en bouche, nous voilà dans le vif du sujet : de la caillasse, du dénivelé et des paysages incroyables. On laisse Sormiou derrière nous et direction le campus de Luminy. Cet endroit, planqué à l’autre bout de Marseille, au pied du col de la Gineste, est lové juste derrière les calanques. Encore en ville et un pied dans les grands espaces. Là encore, on gère notre effort. Les bosses ne sont pas très longues, mais elles s’enchaînent les unes derrières les autres. On nous avait prévenu que la Massilia Trilogy était difficile, technique et engageante, on ne nous a pas menti. Avant de définitivement laisser le premier massif derrière nous, on est obligé de rester bien concentré sur notre pilotage dans une bosse sur un single. Il n’est pas encore dix heures, personne à l’horizon.
L’impression d’être seul au monde alors que la ville est à nos pieds. Nous rejoignons la Gineste pour quelques kilomètres sur l’asphalte. Pour ceux qui ne connaissent pas cette route, elle permet de rejoindre Marseille à Cassis et est emprunté chaque année par les dizaines de milliers de coureurs de la course éponyme. Nous voilà en direction du Garlaban, les terres de Marcel Pagnol. On laisse la belle Cassis derrière nous pour retrouver l’univers minéral des terres marseillaises.

Avant de plonger en direction d’Aubagne, on évolue sur une piste et l’on remarque en contrebas, l’autoroute. Depuis la piste, on ne perçoit aucun bruit. A nouveau, si loin et si proche. L’entrée dans le Garlaban est toujours un moment à part. J’avais déjà eu le privilège de rouler ici et je ne boude jamais mon plaisir. Si vous avez été bercé par les récits de Manon des sources (n’oubliez pas de visiter la grotte de Manon qui est indiquée sur les panneaux de randonnée), Jean de Florette ou la gloire de mon père, le Garlaban est une invitation à la rêverie, un voyage ou le gravel permet de plonger vers un pan entier de la littérature française. Depuis les pistes du Garlaban, on profite encore d’une vue imprenable sur Marseille. Le vélodrome, les îles, « la bonne mère », tout est la sous nos yeux.
Le temps presse et nous devons mettre fin à notre sortie pour cette première visite. On évolue dans la pampa loin de l’agitation urbaine, pourtant le centre-ville n’est qu’à 20 petits kilomètres de cet endroit presque irréel que Pagnol décrivait ainsi : « Ce n’est pas une montagne mais ce n’est plus une colline, c’est Garlaban. »

Quelques semaines plus tard, nous revenons en mission pour terminer la boucle et, accessoirement, mettre tout cela en images. Si j’avais pu effleurer les courbes du Garlaban comme un amoureux transi lors de sa première fois, je ne connaissais pas en revanche le final sur les contreforts de l’Etoile. Et je serais tenté de vous dire « Et ben mes cadets, et ben mes petits frères, ça commence bien (je vous laisse chercher la référence) ». Maxime Bouet, cycliste professionnel durant seize ans et qui vit au pied de ses montagnes du sud m’avait un jour confié : « Le Garlaban est un bel endroit, mais l’Etoile est encore plus adapté au Gravel. »
Je ne voyais pas trop comment cela pouvait être possible. Et bien si ! Depuis Mimet, nous attaquons l’ascension du Pilon du Roi, un sommet qui culmine à 710 mètres. Nous livrons nos derniers efforts en même temps que la lumière décline. En face de nous, le massif de la Sainte-Victoire nous parait si proche. Finalement, en haut, nous prendrons la décision d’attendre le coucher du soleil. La piste serpente la montagne et s’étend à perte de vue. On voudrait l’instant éternel. Et l’on se remémore ses quelques mots : « Lorsque la nuit tombait, étalant son voile noir sur la cité, sa robe scintillait de milliers de lumières orange. Ouvrez les yeux, vous êtes à Marseille». Ici le Gravel est Intense. Passionnant. Brutal, mais aussi si doux. C’est Marseille bébé !

Le Gravel électrique, pour qui, pour quoi ?
Le vélo à assistance électrique s’est installé dans tous les segments du marché et arrive gentiment sur le Gravel. Alors pourquoi utiliser une assistance électrique lorsqu’on a (à peu près) la pleine possession de ses moyens ? « Parfois, j’ai envie de rouler mais pas forcément de beaucoup forcer, juste me faire plaisir à contempler le paysage « , nous avait confié un camarade de sortie. Et bien « l’elec » est le jouet parfait pour ça. Oui, un jouet parce que le moteur n’enlève pas totalement l’effort et il est facile de se laisser griser par la vitesse. Avec son Solace, Scott propose un vélo léger pour un électrique (14 kilos), possédant une bonne capacité de roulage, totalement silencieux également, et qui vous permettra de faire des sorties avec plus de 1000 mètres de dénivelé. Nous, on s’est régalé avec.

