Traverser l’intégralité de la région, soit un peu plus de 600 kilomètres d’une traite, tel était notre but au premier jour de juillet.
Tout ne s’est pas passé exactement comme prévu. Récit.
Photographies Laurent Salino
Simple constat : l’homme (sportif) est basique. Prévisible. D’un orgueil bien souvent mal placé. Et cela mène parfois à de belles aventures. Ou à une stupidité sans nom, c’est selon. Pour comprendre ce qui nous a poussés à prendre le départ d’un périple de 600 kilomètres en pleine canicule, il faut remonter deux années auparavant.
Défi entre amis
Ancien journaliste, je travaille aujourd’hui dans le monde de la communication. Les réseaux sociaux, le sport, font partie de mon quotidien professionnel. Coureur à pied amateur (note pour une meilleure compréhension de l’article : le sport est bien souvent prétexte à une bonne bouffe entre potes, le repas et les festivités étant proportionnels aux kilomètres parcourus), j’avais porté mon attention sur l’opération marketing d’un équipementier qui réunissait des équipes pour effectuer le Tour du Mont Blanc entre le lever et le coucher du soleil.
Temps d’arrêt. Tempête sous un crâne. Conséquence : première idée tordue. « On va faire la même chose en vélo », me suis-je dit. En gros, partir de Lyon aux premières lueurs pour rejoindre le Puy-en-Velay avant de retourner sur la terre des Gaules en fin de journée.

À l’heure où les grands médias commencent à s’intéresser à l’ultra cyclisme, 300 kilomètres à pédaler, ça peut faire sourire les adeptes de la surenchère athlétique.
Pour nous, c’était déjà l’aventure d’une vie. « Nous », car je n’avais eu aucun mal à trouver un compagnon pour cette balade au long cours. La mission fut accomplie. Il fallait donc recommencer. En mieux (comprenez plus dur), forcément.
Et ce fut le Tour du département de la Haute-Loire : 335 kilomètres et près de 6 000 mètres de dénivelé positif. Contrairement aux Corses, Bretons, Basques (vous pouvez ajouter la région de votre choix), je n’ai pas pour habitude de brandir mon étendard régional sur mes déplacements, mais j’avoue être attaché à mes racines auvergnates. Pardon, Auvergnates-Rhônalpines (ou un truc du genre). J’avais trouvé un compagnon de route différent, mais un plaisir similaire et l’envie de recommencer était bien présente. Par amour des grands espaces (ou de la bouffe, allez savoir).
Garder une connotation régionale, tel était le fil conducteur de notre nouveau projet. Et après pas mal d’heures derrière l’écran, LA solution s’est imposée à nous, aussi fascinante que sacrément flippante : poser nos roues dans l’ensemble des départements d’Auvergne Rhône-Alpes, soit douze, pour terminer l’aventure à Lyon, proclamée capitale régionale. Une balade de 610 kilomètres, on vous fait grâce du dénivelé positif ce serait de la pure gourmandise. Ah oui j’oubliais : tout cela devait s’effectuer sans aucun arrêt dodo. Une Vanvoiture suiveuserempli de gens bien assurerait toute l’intendance. Et pour eux aussi, ce fut une sacré aventure.
Alors en théorie (vous savez, en théorie tout se passe bien), cette aventure devait nécessiter au préalable d’avaler des kilomètres comme un affamé, tel Gérard Larcher à la cantine du Sénat, puis d’observer une période de repos avant de se lancer dans cette drôle de bataille. Je crois que cela s’appelle de la « surcompensation ». Ce ne fut pas le cas. Du Tout.
En route mauvaise troupe
Antoine, mon compagnon de fortune, est kiné vacataire pour une équipe professionnelle sur route. Et tout le mois de mai, nous l’avons passé sur les routes du Tour d’Italie où notre activité sportive se résumait à quelques footings tôt le matin avant la journée de travail. La veille de notre départ, nous étions tous les deux à 700 kilomètres de nos domiciles pour travailler sur les Championnats de France de cyclisme.
Allez, sept heures de bagnole pour retrouver la maison, une nuit au cœur de la canicule estivale et nous étions presque repartis. Idéal, ou presque. Le rendez-vous est fixé à Gannat, petit patelin dans l’Allier, en bordure du Puy de Dôme. Laurent, photographe baroudeur est avec nous. Amandine nous accompagne aussi, pour assurer l’intendance (et la bonne humeur). Nous retrouvons ensuite Alain.
Alain a 65 ans, ancien d’EDF, il travaille lui aussi comme vacataire pour une équipe cycliste. Il ne participera pas à toute l’aventure. Mais Alain est une machine. Et cela, on va rapidement le découvrir.
Soyons francs, au niveau de la météo, on a quand même vu clairement mieux. Une bonne partie de la région est en alerte orange le jour de notre départ. Nous donnons les premiers coups de pédale vers 17 heures, sans trop savoir ce qui nous attend. Une pluie fine nous accompagne, mais cela reste très raisonnable. Dès les premiers kilomètres, on emprunte des routes bien dégueulasses marquées par les récentes pluies. L’impression de courir après l’orage (ou l’inverse), et cela nous ne quittera pas jusqu’au petit matin. Pour être honnête, je m’inquiète plus à ce moment-là pour ma condition physique. J’ai pris le départ avec la drôle de sensation de n’avoir pas récupéré des journées de boulot et, contrairement à Antoine, je n’ai jamais encore expérimenté une nuit complète de sport.
Ce gaillard de 26 ans originaire de la Loire possède déjà une belle liste de courses à pied à son palmarès, notamment le Grand Raid de la Réunion, près de 170 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé que le garçon avait réussi à se farcir en 38 heures. En avril, nous avions rallié à pied en deux jours Montbrison (dans la Loire)au Puy-en-Velay (en Haute-Loire), une promenade de 115 kilomètres via les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Et deux jours durant, j’avais eu l’impression d’être sur son porte-bagages tant le garçon semblait ne pas trop souffrir.
En ce matin de juillet, avant de me lancer dans ce tour d’Auvergne-Rhône-Alpes, j’avais configuré mon GPS de manière à voir apparaître le nombre de kilomètres et le dénivelé restants. Au bout de 25 kilomètres seulement, j’ai jeté un œil dessus et j’avoue que lorsque j’ai vu s’afficher les données (575 kilomètres à parcourir), je me suis demandé si c’était là réellement une bonne idée.

Nos premières heures de selle ne présentent pas vraiment de difficultés. Et avec du recul, je pense encore que c’était mieux ainsi. Nous voulions arriver le plus frais possible sur les premières vraies pentes. Et la suite nous donnera raison. Malgré un temps plus qu’incertain, nous pouvons profiter d’une vue à 180 ° avec la douce sensation d’être aux premières loges face au Puy-de-Dôme.
Je dois ici confesser une chose. Je suis né en Auvergne, j’ai dans ma chambre d’ado une photo en noir et blanc de l’ascension mythique du Tour de France 1964 sublimée par le duel homérique entre Raymond Poulidor et Jacques Anquetil. Or, ce sommet que l’on aperçoit des kilomètres à la ronde, je ne l’ai jamais escaladé. Ni à pied, ni en vélo. Nada. Un jour, il faudra remédier à cela. Un train à crémaillère installé sur les pentes du Puy-de-Dôme depuis plusieurs années permet aux touristes de gravir le colosse et de contempler la vue du sommet sans trop dépenser de calories. Les images du Tour 1964 resteront à jamais aux rayons archives, l’arrivée d’une course cycliste au sommet étant désormais impossible.
J’ai traversé des centaines de fois les plaines de la Limagne en voiture sur l’A71, l’autoroute qui permet aux Auvergnats de rejoindre le sud de la France ou de « monter à Paris ». Et je n’y ai jamais vraiment prêté attention.
Sur deux roues, le temps est différent. La vision du monde également. Nos premiers kilomètres sont un réel plaisir. On prend le temps de discuter, on admire les lumières du jour qui s’étiolent lascivement. Une crevaison nous ralentit quelques minutes, le temps de refaire le plein dans les poches, puis nous continuons notre route vers le sud de la région. Je trouve l’allure un peu exagérée pour des candidats à une balade de 600 kilomètres, mais sans tomber dans l’excès pour autant.
Avant l’entrée dans Issoire, je m’arrête quelques minutes pour un besoin naturel. Antoine fait de même. Alain lui, continue « tranquillement » sa route. Enfin, c’est ce qu’on imaginait. Nous mettrons bien vingt-cinq kilomètres à rentrer sur le bougre, nous demandant même plusieurs fois lors de cette course-poursuite s’il était devant ou derrière nous, ou s’il n’avait pas fait fausse route. Et au bout d’un petit moment (oui, dans ce genre de situation, la patience a ses limites et ça monte vite), l’envie de le tuer.

Nous finissons par revoir Alain un peu avant de boucler les premiers 100 kilomètres. Avant que la nuit ne nous rattrape (vu qu’à priori il est impossible de retenir « la nuit pour nous deux jusqu’à la fin du monde »), nous décidons d’effectuer une première vraie pause. D’une part, nous avons besoin d’installer nos éclairages ; et ensuite, un ravitaillement solide s’impose. Après cette petite pause, nous remontons en selle et traversons la vallée de l’Alagnon qui s’étend sur le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire et le Cantal. L’endroit a l’air magnifique. Mais la nuit est là, les moucherons aussi d’ailleurs, et nous filons toujours à bonne allure vers Massiac. Le petit village cantalien marque véritablement la fin de la première partie de l’aventure. En gros, 130 bornes et guère plus de 1 000 mètres de dénivelé dans la musette. En fait, c’était juste un amuse-bouche.
Rugosité rurale
Un virage à gauche, direction la Haute-Loire et là, et les choses sérieuses commencent. Sur la bien nommée « route de la Brousse » en direction de Brioude, on débute une autre phase, bien plus rude, dans une nuit complète et sur des pentes qui ne ressemblent en rien à ce que l’on a connu précédemment. Étant moi-même originaire de la Haute-Loire, je ne peux pas dire que j’étais surpris par la rugosité des routes de mon département. Mais la fatigue et la nuit ont donné une autre dimension à tout cela. Minuit est passé, Brioude dort paisiblement (un peu comme en journée, en fait) et nous traversons la ville de Romain Bardet assez rapidement.
Il faut rejoindre les hauteurs du département, la Chaise-Dieu, et cela ne se fera pas sans mal. En juin 2018, j’avais effectué lors du Tour de la Haute-Loire, la longue descente entre la Chaise-Dieu et Brioude. J’ai bien conscience, malgré un cerveau déjà bien embué, que nous allons nous attaquer à un joli petit morceau. Nous nous lançons sur les premières pentes tranquillement. Enfin, on essaye surtout de rester un minimum groupé. Nous avons perdu quelques degrés depuis le début de la nuit, mais cela reste tenable. Avant cette aventure, Alain nous avait confié : « Je ne pourrai pas rouler sur l’ensemble du parcours avec vous, mais je peux aller jusqu’au petit matin. Je ne sais pas comment cela va se passer, je n’ai jamais dépassé les 200 kilomètres sur un vélo… » Et là, en pleine cambrousse et alors que nous empilons les kilomètres et les heures de selle, notre vétéran ne montre strictement aucun signe de fatigue. Bluffant.

En revanche, Antoine commence à souffrir. La fatigue et le manque de kilomètres avant le trip le rappellent à l’ordre. On décide donc de ralentir l’allure et de rester au maximum ensemble. Il est près de deux heures du matin et il n’est pas raisonnable de se disperser sur des routes de campagne en pleine nuit. Le camion nous attend aux portes de la Chaise-Dieu. Lorsque j’avais fait mon sac avant de partir, j’avais pris l’option veste d’hiver et collant trois-quarts. Une petite voix au fond de moi me susurrait alors : « Nous sommes en été, tu n’en auras jamais besoin… » Parfois, il est bon de ne pas s’écouter. J’enfile donc une autre tenue sous peine de laisser encore quelques années d’espérance de vie sur la route. Le mercure affiche moins de 10 ° degrés, contre 25 la veille.
Antoine s’arrête là pour une durée indéterminée. Il monte à l’arrière du van et s’endort sur la banquette, presque instantanément. Nous continuons la route avec Alain. Direction Craponne-sur-Arzon, petite ville située légèrement en dessous de l’altitude de la Chaise-Dieu. Pourtant (et cela, je ne l’avais pas vérifié sur la carte), nous entamons une descente prononcée et à bonne allure après quasiment 200 kilomètres de route. Forcément, à un moment donné, il faudra remonter. Et là, oh surprise : un arbre couché en travers de la route nous rappelle que l’on a effectivement couru après la tempête. Le van doit faire demi-tour. La route est jonchée de branches, de cailloux, il faut redoubler d’attention.
Mais ce qui arrive derrière est bien pire. Enfin pour moi, Alain continuant quant à lui sa partie d’attrape-moi si tu peux avec la fatigue. Nous sommes alors face à une pente de plus de 10 %, dans un brouillard épais comme Jan Ullrich à la sortie de l’hiver, il est plus de deux heures du matin et cette phrase me vient rapidement à l’esprit : Pourquoi tant de haine ? Six mois plus tard, je n’ai toujours pas la réponse. En plein mois de juillet, je pourrais être avec mes copains à consumer la nuit (et ma santé) autour d’un barbecue. Au lieu de cela, je pédale seul face à moi-même dans une mélasse pas possible. Je reste persuadé que les amateurs de longue distance sont des beaux sujets d’étude pour les psychanalystes de France. En haut, nous retrouvons le van et des visages familiers. La route se poursuit, et avec elle l’espoir de voir un nouveau jour se lever « sur une étrange idée » (vous l’avez ?). Nous traversons Jullianges. Ce petit village est inconnu de la plupart des gens.
Il accueille pourtant chaque début mai un « Techni Trail » qui s’adresse plus aux sangliers qu’à de véritables humains. Cela dit, il mérite d’être accroché une fois à son tableau de courses.

Le jour et ses premiers rayons de bonheur débarquent enfin. Et Antoine s’est refait une santé. Nous voilà à nouveau trois sur la route. En rejoignant les rives de la Loire, j’ai comme l’impression d’être à la maison. J’ai déjà pas mal de fois emprunté cette route sur l’itinéraire Lyon-Puy-en-Velay. Mais la maison attendra un peu. Malgré une nuit difficile marquée par le froid, nous entamons l’ascension vers le Pilat. Ce massif montagneux situé dans la Loire sépare Saint Etienne et sa banlieue de la vallée du Rhône. Ce ne sont pas les Alpes, mais ça y ressemble. À titre d’exemple, il vous faudra escalader plus de 1 000 mètres de dénivelé pour atteindre la plus haute route des alentours, le col de l’Oeillon. Et pour les amateurs de défis qui n’ont pas trop de sens, on vous conseille de vous frotter aux « Dindes de l’Oeillon », un truc qui consiste à monter cinq fois ce col, soit 208 kilomètres et 5 096 mètres de dénivelé. De notre côté, cette joyeuseté n’est pas au programme. On prend la direction de Marlhes puis le col du Tracol. La remontée après Monistrol-sur-Loire n’est pas très pentue, mais après plus de 200 kilomètres elle ressemble à votre dernier repas de noël avec un tonton bourré et raciste : longue et indigeste.
J’avoue, non sans une certaine fierté, avant de basculer vers Bourg-Argental, apercevoir les premiers signes de faiblesse d’Alain. Lui qui n’avait jamais dépassé les 200 kilomètres, posera le vélo après 300 bornes au compteur. Juste un immense respect pour lui. Il aura été un sacré compagnon de route.
La descente du col du Tracol n’affiche aucune difficulté technique. Route large, bitume impeccable. Or, je commence sérieusement à m’endormir sur le vélo et je m’offre quelques belles frayeurs. Mieux, j’ai quelques hallucinations avec l’impression que ma roue arrière se dérobe. Faites du sport, c’est bon pour la santé. Le temps qu’Alain se change pour rejoindre Saint-Étienne comme prévu initialement, j’en profite pour fermer les yeux quelques secondes et m’allonger le long du trottoir à côté du van. Et soudain, je sens une ombre sur moi. Une voix : « Vous allez bien, monsieur ? ». Il est dix heures et cette brave dame ne doit pas trop comprendre ce que fabriquent les énergumènes qu’elle croise dans les rues de sa ville.

Arrivée anticipée, mais fêtée
Il faut à présent repartir. Clairement, nous ne sommes pas en avance sur notre tableau de marche, mais cela ne nous traumatise pas plus que cela. Nous rejoignons la Via-Rhona avant d’entamer une longue remontée vers le Nord Isère. Et là, je pense que j’aurais préféré être fouetté avec des clous que de vivre ce passage. Le vent, la fatigue, des lignes droites à n’en plus finir : je souffre. Antoine va bien mieux. Merci pour lui. Moi je m’arrête une fois. Deux fois. J’ai arrêté de compter. Et un coca sur le coup de midi semble me sauver la vie. Je n’ai plus trop envie de rigoler. On parvient à rejoindre péniblement Voiron. Je ne saurais plus trop dire à quel moment on a pris notre décision, mais on sait déjà que notre ligne d’arrivée ne sera pas celle prévue. Le temps manque, l’énergie aussi. On envisage de stopper à 500 kilomètres. Malgré un léger regain d’énergie, la montée vers Saint-Étienne-de-Crossey s’apparente à long chemin de croix. Vous savez, ce moment douloureux où vous êtes en mesure de lire ce qu’il y a écrit sur le moyeu ? Avouez, on est tous passés par là…
On retrouve Camille quelques kilomètres plus loin. Camille partage la vie d’Antoine ; elle aussi kiné, elle fait partie des meilleures traileuses de France en longue distance avec des podiums sur les plus grandes courses du calendrier. Et forcément, ça l’amuse de voir nos têtes défraîchies alors que le soleil commence à cogner aussi fort qu’une vieille fourme. Soyons clairs, nous sommes cramés. Mais les routes en direction de la Savoie sont agréables et on profite à nouveau du paysage. Après Entre-Deux-Guiers, on entame ce qui sera l’ultime ascension de notre périple. La route n’est pas très compliquée, pas trop de pente, mais avec 435 kilomètres dans les pattes, j’ai l’impression de m’attaquer à l’Alpe d’Huez (enfin, dans ma tête). Dans la descente vers Chambéry, on retrouve Julien Duval. Coéquipier au sein de l’équipe AG2R La Mondiale, le Normand, installé en Savoie, est l’un des hommes de base de l’équipe française lors des classiques pavées. Le garçon est en coupure et rouler avec nous ne va pas lui demander une débauche d’énergie importante. Notre décision est prise. Nous ne ferons pas les 500 kilomètres. On file jusqu’aux rives du lac du Bourget pour conclure plus de 20 heures sur la selle.
Antoine ne donne plus vraiment l’heure, je ne suis pas beaucoup mieux. La passion et l’aventure certes, mais pas à n’importe quel prix. La ligne d’arrivée est fixée après 465 kilomètres. Certes, le défi n’est pas atteint. Mais est-ce l’essentiel ? Non. Nous avons vécu un moment unique à travers une région qui l’est tout autant (oh ça va, les autres régions de France sont aussi belles). Au moment d’engloutir une glace les pieds dans l’eau du lac, on repasse le film dans notre tête. Et à se dire : « Et si on repartait ? ».
L’homme est souvent basique.
exergues
L’idée ? Poser nos roues dans l’ensemble des départements d’Auvergne Rhône-Alpes, soit douze, pour terminer l’aventure à Lyon, proclamée capitale régionale.
Soyons francs, au niveau de la météo, on a quand même vu clairement mieux. Une bonne partie de la région est en alerte orange le jour de notre départ.
Étant moi-même originaire de la Haute-Loire, je ne peux pas dire que j’étais surpris par la rugosité des routes de mon département.
J’ai bien conscience, malgré un cerveau déjà bien embué, que nous allons nous attaquer à un joli petit morceau.
La remontée vers le Nord-Isère ressemble à un chemin de croix et nous commençons à envisager la fin de l’aventure
encadré
En chiffres
Au moment de faire les comptes
1
crevaison au cour des deux premières heures de route, puis plus rien
3
siestes durant ces 20 h de selle
7
départements traversés : l’Allier, le Puy de-Dôme, le Cantal, la Haute-Loire, la Loire, l’Isère et la Savoie
464
km parcourus sur les 600 prévus
1 103
mètres, notre altitude maximale après 292 km avant de plonger sur la vallée du Rhône
9 044
calories dépensées, selon Strava
6 100
mètres de dénivelé sur l’ensemble du périple
encadré parcours
Épopée auvergnate
L’itinéraire Cyclist à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes
Nous avons souhaité débuter à Gannat dans l’Allier. Pour quelle raison ? Pas franchement pour les charmes de la Limagne, mais plus pour sa proximité directe avec le Puy-de-Dôme. Dès le début, nous longeons l’A71 qui mène à Montpellier par la D85. Cet itinéraire nous permet d’éviter les rues de Clermont Ferrand avant de filer vers le Cantal à Massiac. Mis à part quelques talus à passer, les 130 premiers kilomètres ne présentent pas de difficultés majeures. Les choses se compliquent avec l’arrivée en Haute-Loire, que nous traverserons de nuit. Après un virage pleine gauche sur « la route de Brousse » (la bien nommée), nous prenons ensuite la direction de Brioude (ville étape du Tour de France 2019) par la D588. Cette route, nous la suivrons pendant près de 50 km. Viendra ensuite la D498 jusqu’à Craponne-sur-Arzon, cité qui accueille chaque année un festival International… de musique Country ! Depuis Craponne, nous prenons la direction de Monistrol-sur-Loire. Des rives du plus grand fleuve de France, nous entamons une longue montée vers le massif du Pilat via la D12 puis la D500. La D74 nous emmènera jusqu’au Tracol avant de plonger sur Bourg-Argental. Après avoir traversé Saint-Julien-Molin-Molette, nous rejoindrons brièvement les rives du Rhône par la Via Rhona. Cap sur Voiron à travers les plaines du Nord-Isère. La Route des Gorges de Voiron nous emmène à Saint-Étienne-de-Crossey, puis direction Chambéry via Entre-Deux-Guiers pour ensuite terminer notre périple sur les rives du Lac du Bourget.
encadré
Mon vélo
Scott Addict RC 15 Disc
Il n’aura fallu qu’un simple coup de fil chez Scott pour les embarquer dans cette aventure. Installée sur les hauteurs d’Annecy-le-Vieux, ce trip faisait sens pour la filiale tricolore de la marque helvétique. Le Scott Addict RC 15 Disc fut bien plus qu’un compagnon d’aventure sur les routes de cet « Aura Tour » puisque j’ai effectué plus de 6 000 km à son guidon. Ce modèle endurance est proposé à la base avec des confortables pneus de 28 de section. De mon côté, j’ai préféré les troquer contre des pneus plus fins, mais j’en suis venu à le regretter. Avec son groupe Ultegra DI2, il ne manque quasiment rien à ce modèle. Et malgré plus d’une vingtaine d’heures à pédaler, je n’ai jamais ressenti la moindre douleur. Pour les accros du poids et du rendement, il suffirait de troquer les roues d’origine contre une paire en carbone pour transformer le Addict RC 15 disc en « prêt à courir. »
encadré
À votre tour
Transport
Il existe une petite gare SNCF pour relier Gannat (Allier) et des liaisons depuis Clermont-Ferrand. Par la route, comptez 3 h 40 depuis Paris (390 km), 2 h 05 depuis Lyon (180 km) et 4 h 45 depuis Marseille (487 km).
Hébergement
Notre itinéraire devait se dérouler sans interruption, donc Cyclist n’a pas eu le loisir de tester de lit douillet. Mais la région Auvergne-Rhône Alpes regorge d’hébergements sympas. Rendez-vous sur auvergnerhonealpes-tourisme.com
Remerciements
Merci à Antoine tout d’abord, le premier (et le seul aussi) à avoir accepté de m’accompagner dans cette aventure. Merci à Romy et à la maison Scott France pour leur confiance depuis des années. Merci à Amandine pour son infinie patience et sa bienveillance, Laurent pour sa bonne humeur et son talent, mais aussi Alain, Camille et Julien pour nous avoir accompagnés un moment sur la route.